Long Xuyen : le vrai visage du delta du Mekong, loin des foules

Il y a des villes qui se donnent en spectacle pour les visiteurs, et il y a Long Xuyen. Capitale de la province d’An Giang, nichée sur les rives du fleuve Hau, cette ville du delta du Mekong ne joue aucune carte touristique. Ici, pas de boutiques de souvenirs alignées ni de guides brandissant des parasols colorés : juste une cité vietnamienne qui vit, commerce et respire à son rythme, entre marchés flottants, temples chinois et effluves de soupe de poisson. Si vous cherchez une carte postale, passez votre chemin. Si vous cherchez la vraie vie du Mekong, Long Xuyen vous attend.

Une capitale de province sans artifice

Long Xuyen s’est construite autour du commerce du riz, du poisson basa et des échanges fluviaux. Contrairement à Can Tho ou Chau Doc, elle n’a jamais été pensée pour les voyageurs étrangers, et c’est précisément ce qui en fait un lieu fascinant pour qui aime observer le quotidien plutôt que le consommer. La ville n’a obtenu son statut officiel qu’en 1999, malgré son importance économique de longue date. Elle est aussi le lieu de naissance du président Tôn Đức Thắng, une figure dont l’héritage plane discrètement sur la cité.

La population mêle Vietnamiens, Khmers et Chinois, et cette diversité se lit dans les lieux de culte : églises catholiques, adeptes du bouddhisme Hoa Hao, temple caodaïste. Ajoutez à cela la présence de l’Université d’An Giang, qui insuffle une énergie étudiante bienvenue, et vous obtenez une ville à taille humaine, sans prétention, mais riche en couches culturelles.

Le marché flottant, une leçon d’authenticité

Le marché flottant de Long Xuyen est la principale raison pour laquelle les voyageurs s’arrêtent ici. Il n’a ni la taille ni l’agitation du marché flottant de Cai Rang près de Can Tho, mais c’est justement ce qui le rend attachant : la majorité des bateaux appartiennent à des habitants qui échangent fruits, légumes et produits du quotidien entre eux, sans mise en scène pour les caméras.

Le meilleur moment pour s’y rendre se situe entre 5h30 et 7h du matin, lorsque les échanges battent leur plein. Louer une petite barque coûte quelques dollars à peine, et le prix inclut souvent un bol de soupe de nouilles ou un café servi directement sur l’eau. Ne vous attendez pas à une centaine de bateaux touristiques : c’est un marché de proximité, modeste en apparence, mais d’une sincérité rare.

Marchés terrestres, temples et mémoire historique

À quelques pas du fleuve, le marché central de Long Xuyen mélange commerce de gros et étals de rue dans un joyeux désordre. C’est un concentré de vie locale, particulièrement dense le matin, où l’on croise autant de poissons frais que de fruits tropicaux empilés à même le sol.

Pour les amateurs d’histoire, le musée d’An Giang retrace la culture ancienne d’Óc Eo, le rôle de la province pendant la guerre du Vietnam, et la vie du président Tôn Đức Thắng. L’entrée est généralement gratuite et la visite se fait rapidement, en tenant compte de la pause déjeuner.

La communauté chinoise (Hoa) a également laissé son empreinte, notamment autour de la salle d’assemblée cantonaise, aux tuiles jaunes éclatantes et aux sculptures traditionnelles. Les alentours regroupent plusieurs petits temples chinois, renforçant le caractère multiculturel de la ville — un aspect que l’on retrouve d’ailleurs sous d’autres formes dans plusieurs provinces du sud du pays.

L’île du Tigre et les saveurs locales

Une courte traversée en bac mène à l’île du Tigre (Mỹ Hòa Hưng), un espace rural fait de vergers, de petits villages et de la maison-mémorial dédiée au président Tôn Đức Thắng. Louer un vélo ou une moto reste la meilleure façon d’explorer ses routes plates et ombragées.

Impossible de parler de Long Xuyen sans évoquer sa table. Le bún cá Long Xuyen, une soupe de nouilles au poisson-serpent relevée d’un bouillon légèrement acidulé au tamarin, est une institution locale. Le cơm gà (riz brisé et poulet frit) suit de près. Le soir, la rue Le Minh Nguon et ses ruelles environnantes regorgent de petites échoppes bon marché — l’anglais y est rare, mais pointer du doigt et goûter fait toujours l’affaire.

Excursions à la journée depuis Long Xuyen

La ville se prête parfaitement à des excursions dans la province et au-delà. La forêt inondée de Tra Su, à environ deux heures, se découvre en sampan à travers des canaux tapissés de lentilles d’eau verte, avec parfois l’apparition de cigognes ou d’aigrettes. Plus proche, à une trentaine de minutes, le jardin des cigognes de Bang Lang se visite idéalement au lever ou au coucher du soleil, quand des milliers d’oiseaux quittent ou regagnent leurs nids.

Un peu plus loin, la région de Ta Pa offre l’un des rares reliefs vallonnés du delta, avec une pagode khmère et un petit lac aux reflets de jade. À une heure de route, Sa Dec séduit par son village de fleurs et sa maison ancienne rendue célèbre par le roman L’Amant de Marguerite Duras. Pour les passionnés d’ornithologie, le parc national de Tram Chim, à deux heures, abrite la rare grue antigone, particulièrement visible entre mars et avril.

Comment s’y rendre et où dormir

Depuis Hô-Chi-Minh-Ville, comptez environ six heures de bus ; depuis Can Tho, à peine une heure. La location d’une voiture avec chauffeur permet de combiner le trajet avec des étapes à Sa Dec ou dans la forêt de Tra Su. Sur place, taxis et applications de VTC suffisent pour circuler en ville, tandis qu’une moto de location ouvre l’accès aux villages et rizières environnantes.

Côté hébergement, les quartiers de My Binh et My Long concentrent la plupart des hôtels de milieu de gamme et pensions. Pour un séjour plus confortable et une offre touristique plus développée, Chau Doc, à 1h30 de route, reste une alternative appréciée par les voyageurs en quête de davantage de services — sa météo mérite d’ailleurs d’être vérifiée avant de partir, comme pour toute la région.

Vaut-il le détour ?

Long Xuyen ne offre pas de paysages spectaculaires — pour cela, mieux vaut viser Tri Ton ou Chau Doc. Mais pour qui apprécie l’authenticité, la culture vivante et une ambiance loin des sentiers battus, cette ville constitue une étape gratifiante et une excellente porte d’entrée vers l’ensemble de la province d’An Giang.

Pour prolonger l’expérience culinaire du delta, on pourra aussi se pencher sur les spécialités à goûter dans le Mekong, qui complètent parfaitement une halte à Long Xuyen. Ceux qui souhaitent organiser un circuit plus large trouveront des pistes utiles dans cet itinéraire de 5 jours à travers le delta du Mekong, qui inclut plusieurs étapes complémentaires à celles présentées ici. Enfin, pour ceux qui veulent creuser cette destination plus en profondeur avant de partir, le guide complet consacré à Long Xuyen apporte un éclairage précieux sur la ville et ses environs.

Au fond, Long Xuyen n’a rien à prouver. Elle ne cherche pas à séduire, elle se contente d’exister — et c’est peut-être exactement ce qui manque à tant d’autres étapes du delta du Mekong.

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