Regards de terrain et expériences sensibles partagées par Far East Tour, agence locale sur mesure
Il existe au Vietnam des fêtes éclatantes, bruyantes, pleines de couleurs et de rires. Et puis il y a le Tet Trung Nguyên, une célébration d’un tout autre registre. Ici, les gestes sont plus lents, les voix plus basses, les regards plus intérieurs. Rien n’est spectaculaire, et pourtant tout est chargé de sens.
Chez Far East Tour, nous accompagnons des voyageurs depuis de nombreuses années, et nous constatons souvent la même chose : le Tết Trung Nguyên est l’une des fêtes vietnamiennes les plus difficiles à comprendre… mais aussi l’une des plus marquantes. Parce qu’elle touche à l’invisible, à la mémoire, à la dette envers les ancêtres, à la compassion envers les âmes oubliées.
Dans cet article, nous ne vous proposerons pas une définition académique figée. Nous partagerons une lecture vivante, nourrie de nos observations sur le terrain, de conversations avec des familles vietnamiennes, de moments vécus dans les temples, les ruelles, les maisons. Une approche fidèle à notre philosophie : comprendre avant de visiter, ressentir avant d’expliquer.
Qu’est-ce que le Tet Trung Nguyên ? Une fête aux multiples visages
Le Tet Trung Nguyên se déroule le 15ᵉ jour du 7ᵉ mois lunaire, généralement entre août et septembre dans le calendrier grégorien. Il est connu sous plusieurs noms, selon les traditions spirituelles et les contextes culturels :
- Tet Trung Nguyên (terme d’origine taoïste)
- Vu Lan (dans le bouddhisme vietnamien)
- Xá Toi Vong Nhân (fête de l’absolution des âmes)
- communément appelé “tháng cô hon” – le mois des âmes errantes
Ces appellations multiples traduisent déjà la richesse et la complexité de cette période.
Une croyance partagée
Selon les croyances populaires vietnamiennes, durant ce mois, et en particulier le 15ᵉ jour, les portes du monde des esprits s’ouvrent. Les âmes des défunts – notamment celles qui n’ont pas de descendants ou qui sont mortes dans des conditions difficiles – peuvent revenir temporairement dans le monde des vivants.
Le rôle des humains n’est pas de craindre ces âmes, mais de leur témoigner compassion et respect.

Origines spirituelles : entre bouddhisme, taoïsme et croyances populaires
Le bouddhisme et la fête de Vu Lan
Dans la tradition bouddhiste vietnamienne, le Tet Trung Nguyên correspond à la fête de Vu Lan, inspirée de la légende de Mục Kiền Liên (Maudgalyāyana), disciple du Bouddha, qui chercha à sauver sa mère des souffrances dans le monde des esprits.
Le message central de Vu Lan est clair :
- la piété filiale,
- la gratitude envers les parents, vivants ou disparus,
- et l’importance des actes vertueux pour alléger la souffrance d’autrui.
Dans les pagodes, cette journée est marquée par des cérémonies de prière, des offrandes et des sermons dédiés à la compassion.
Le taoïsme et l’absolution des âmes
Du point de vue taoïste, le Tet Trung Nguyên est un moment où les fautes des âmes errantes peuvent être symboliquement pardonnées. Les rituels visent à rétablir l’équilibre entre les mondes, à apaiser les énergies négatives et à éviter les malheurs.
Les croyances populaires : un syncrétisme vivant
Dans la vie quotidienne vietnamienne, ces traditions ne sont pas vécues séparément. Elles se superposent, s’entrelacent, s’adaptent. C’est ce syncrétisme qui rend le Tet Trung Nguyên si particulier : à la fois religieux, familial et profondément humain.

Les rituels essentiels du Tet Trung Nguyên
Les offrandes aux ancêtres
Dans de nombreuses familles vietnamiennes, le Tet Trung Nguyên est l’occasion de préparer un repas d’offrandes destiné aux ancêtres. Fruits, plats traditionnels, encens et fleurs sont disposés sur l’autel familial.
Ce n’est pas un acte mécanique. C’est un moment de recueillement, parfois de silence, parfois de souvenirs partagés à voix basse.
Le rituel des âmes errantes (cúng cô hồn)
C’est sans doute le rituel le plus visible – et le plus mal compris par les visiteurs étrangers.
Dans la rue, devant les maisons, les commerces ou les immeubles, on voit apparaître de petites tables avec :
- du riz, du sel
- des gâteaux, des fruits
- parfois du porridge ou des bonbons
- de l’encens
- du papier votif
Ces offrandes ne sont pas destinées aux ancêtres familiaux, mais aux âmes sans foyer, sans descendants. C’est un geste de partage et de compassion, profondément ancré dans la culture vietnamienne.
Chez Far East Tour, nous expliquons souvent à nos voyageurs : ce rituel ne cherche pas à “acheter” la paix, mais à reconnaître l’existence de ceux qui ont été oubliés.
Le brûlage de papier votif
Brûler du papier représentant de l’argent, des objets ou parfois même des maisons est une pratique symbolique visant à envoyer ces biens dans l’autre monde. Bien que cette tradition évolue aujourd’hui pour des raisons écologiques, elle reste très présente pendant le Tet Trung Nguyên.

Le Tet Trung Nguyên dans la vie quotidienne vietnamienne
Contrairement à d’autres fêtes, le Tet Trung Nguyên ne transforme pas la ville en scène festive. Il agit plus subtilement.
Un mois de prudence
Beaucoup de Vietnamiens évitent pendant cette période :
- de se marier
- de signer des contrats importants
- de déménager
- de lancer de grands projets
Il ne s’agit pas de superstition aveugle, mais d’une attitude de retenue, d’écoute des rythmes invisibles.
Une ambiance particulière
Dans les villes comme Hanoï ou Hô Chi Minh-Ville, on ressent une atmosphère différente :
des encens au coin des rues, des gestes discrets, une attention accrue aux autres.

Notre expérience de terrain avec Far East Tour
Observer avant de comprendre
Lors de certains voyages en août, nous prévenons toujours nos voyageurs :
“Vous êtes ici à un moment particulier. Regardez, écoutez, ne jugez pas trop vite.”
Un soir à Hanoï, un client nous a demandé pourquoi des enfants se précipitaient pour ramasser des offrandes après un rituel de cúng cô hồn. Une habitante nous a expliqué calmement :
« Ce n’est pas du vol. C’est une manière de laisser les offrandes retourner au monde des vivants. »
Ce genre de moment est précieux. Il permet de dépasser les apparences et d’entrer dans la logique culturelle vietnamienne.
Une fête qui touche profondément les voyageurs
Beaucoup de nos voyageurs nous confient que le Tet Trung Nguyên les a émus plus que prévu. Parce qu’il parle de :
- la mémoire
- l’absence
- la responsabilité collective
- le lien entre générations
Le Tet Trung Nguyên et le Vietnam contemporain
Comme toute tradition, le Tet Trung Nguyên évolue. Les jeunes générations adaptent les rituels, les villes cherchent à réduire le brûlage excessif, les pagodes insistent davantage sur le message de compassion que sur la peur des esprits.
Mais l’essentiel demeure :
- reconnaître ceux qui ne sont plus là,
- agir avec bienveillance,
- se souvenir que l’on n’est jamais seul dans le temps.

Vivre le Tet Trung Nguyên en voyage : notre approche sur mesure
Chez Far East Tour, nous n’intégrons jamais cette fête comme une simple curiosité. Nous privilégions :
- l’observation respectueuse
- les explications culturelles en amont
- les rencontres avec des familles ou des moines (quand cela est approprié)
- un rythme doux, sans intrusion
Le Tet Trung Nguyên n’est pas un spectacle. C’est une expérience intérieure, et c’est ainsi que nous la présentons.
Conclusion – Une fête pour apprendre la compassion
Le Tet Trung Nguyên est l’une des expressions les plus profondes de la culture vietnamienne. Il nous rappelle que la vie ne se limite pas à l’instant présent, que la mémoire est une responsabilité, et que la compassion peut s’exprimer à travers les gestes les plus simples.
Pour nous, chez Far East Tour, cette fête incarne parfaitement l’esprit du Vietnam :
- discret mais intense,
- humble mais profond,
- ancré dans la terre et ouvert à l’invisible.
Si vous souhaitez découvrir le Vietnam au-delà des clichés, à travers ses rituels silencieux et ses valeurs humaines, alors le Tet Trung Nguyên est une clé essentielle — à condition de l’aborder avec respect, curiosité et sensibilité.

