Regards et expériences partagés par Far East Tour, agence locale sur mesure au Vietnam
Il existe au Vietnam des jeux qui ne se jouent pas seulement avec le corps, mais aussi avec l’âme. Le ném còn en fait partie. À première vue, il s’agit d’un jeu populaire : on lance une balle colorée à travers un anneau suspendu en haut d’un mât. Pourtant, dès que l’on s’en approche, que l’on observe les regards, les gestes, les silences et les rires, on comprend que ce jeu raconte bien plus que ce qu’il montre.
Chez Far East Tour, en tant qu’agence locale spécialisée dans les voyages sur mesure, nous avons assisté à des dizaines de parties de ném còn, dans des contextes très différents : grandes fêtes printanières, rassemblements de villages de montagne, moments improvisés dans une clairière après la récolte. Chaque fois, le jeu était le même, mais son sens variait, s’adaptait, se transmettait.
Cet article n’est pas une description académique. C’est un partage d’expérience, nourri par nos rencontres avec les communautés ethniques du Vietnam, par les émotions vécues sur le terrain, et par notre volonté de faire découvrir un patrimoine vivant, avec respect et sincérité.
Qu’est-ce que le ném còn ? Un jeu, mais pas seulement
Le mot còn désigne une balle en tissu, généralement cousue à la main, remplie de coton, de riz ou de graines. Elle est souvent décorée de couleurs vives, parfois de motifs symboliques. Ném signifie « lancer ».
Le principe est simple :
un mât est dressé au centre de l’espace de jeu, au sommet duquel est suspendu un cercle (ou parfois un carré). Les participants, individuellement ou en équipes, doivent lancer la balle à travers cet anneau.
Mais réduire le ném còn à une simple épreuve d’adresse serait passer à côté de l’essentiel.

Un jeu chargé de symboles
Dans de nombreuses cultures ethniques du Vietnam, le ném còn est lié à :
- la fertilité
- l’harmonie entre le ciel et la terre
- la chance et la prospérité
- les rencontres amoureuses
L’anneau représente souvent le ciel, tandis que la balle symbolise l’énergie vitale. Faire passer le còn à travers l’anneau, c’est rétablir l’équilibre, appeler une année favorable.
Les peuples du ném còn : diversité culturelle et unité du geste
Le ném còn est pratiqué par plusieurs groupes ethniques du Vietnam, principalement dans les régions montagneuses du Nord et du Centre. Chaque peuple y apporte sa propre interprétation.

Chez les Tày et les Nùng
Dans les vallées verdoyantes du Nord-Est, le ném còn est un jeu communautaire central lors des fêtes du printemps. Il marque la fin de l’année agricole et le renouveau de la nature.
Lors de nos voyages dans la région de Cao Bằng, nous avons souvent vu des anciens expliquer aux jeunes la manière correcte de lancer, mais surtout le moment : il ne faut pas se précipiter, il faut ressentir.
Chez les Thaï (noirs et blancs)
Dans les hauts plateaux de Mộc Châu, le ném còn prend une dimension clairement sociale et sentimentale. Le jeu devient un espace de rencontre entre jeunes hommes et jeunes femmes.
Les regards comptent parfois plus que la réussite du lancer. Rater n’est pas grave. Au contraire, cela peut être une excuse pour recommencer, rire, engager la conversation.
Chez les Hmong
Chez certains groupes hmong, le ném còn est plus discret, parfois intégré à des fêtes communautaires plus larges. Le còn peut être plus petit, les règles légèrement différentes, mais l’esprit reste le même : partage, chance et cohésion du groupe.

Le ném còn et le calendrier rituel
Le ném còn est étroitement lié aux fêtes du printemps, souvent autour du Nouvel An lunaire (Tết), mais aussi à d’autres moments clés de l’année agricole.
Un jeu pour appeler la chance
Dans de nombreux villages, la première balle lancée est confiée à une personne respectée : un ancien, un chef de village, ou quelqu’un considéré comme porteur de chance. Ce geste inaugural donne le ton à toute la fête.
Lorsque le còn traverse l’anneau dès le premier lancer, les applaudissements sont immédiats. On y voit un présage favorable pour les récoltes, la santé et l’harmonie du village.

Notre expérience de terrain chez Far East Tour
Chez Far East Tour, nous ne “montrons” pas le ném còn comme un spectacle. Nous y participons, lorsque les communautés nous y invitent.
Un souvenir marquant
Lors d’un voyage sur mesure dans une vallée reculée, un de nos voyageurs français hésitait à participer. Il se sentait maladroit, étranger. Une femme âgée du village lui a tendu le còn, en souriant, sans dire un mot.
Il a lancé. Il a raté. Tout le monde a ri. Puis il a relancé. Et cette fois, la balle est passée.
Le silence d’une seconde, suivi d’un éclat de joie collective, reste l’un des moments les plus forts de ce voyage. Ce n’était pas une réussite sportive, mais un moment d’intégration.

Le ném còn aujourd’hui : tradition vivante ou folklore ?
La question se pose souvent : le ném còn est-il encore authentique ?
La réponse est nuancée.
Oui, il existe des démonstrations folkloriques destinées aux festivals touristiques. Mais dans de nombreux villages, le ném còn reste vivant, sincère, pratiqué pour lui-même, sans mise en scène.
La différence se ressent immédiatement :
- dans la manière dont les gens se rassemblent
- dans l’absence de chronomètre ou de récompense matérielle
- dans l’importance donnée au moment partagé plutôt qu’au résultat

Le ném còn comme clé de lecture culturelle
Comprendre le ném còn, c’est comprendre une certaine vision vietnamienne (et plus largement montagnarde) du monde :
- le collectif prime sur l’individu
- le geste est aussi important que l’intention
- l’échec n’est pas une faute, mais une étape
- le jeu est un lien entre générations
C’est pourquoi nous aimons tant intégrer ce jeu dans nos itinéraires culturels. Il permet une approche douce, non intrusive, profondément humaine.

Vivre le ném còn en voyage : notre approche sur mesure
Chez Far East Tour, nous intégrons le ném còn uniquement lorsque le contexte est juste :
- fêtes locales réelles
- accord des communautés
- groupes restreints
- explications culturelles préalables
Nous préparons nos voyageurs à observer avant de participer, à écouter avant d’agir. Le respect est la condition essentielle pour que l’expérience ait du sens.

Pourquoi le ném còn touche tant les voyageurs ?
Parce qu’il est universel.
Même sans comprendre la langue, même sans connaître les règles en détail, chacun comprend intuitivement :
- la joie du lancer
- la tension de l’attente
- le rire partagé
- la fierté collective
Le ném còn crée un espace où les différences culturelles s’effacent, sans jamais disparaître.
Conclusion – Un jeu qui lance des ponts, pas seulement des balles
Le ném còn n’est pas un vestige du passé. C’est un patrimoine vivant, fragile, précieux, profondément ancré dans le quotidien de nombreuses communautés du Vietnam.
Pour nous, chez Far East Tour, il représente exactement ce que nous aimons transmettre à travers le voyage sur mesure :
des expériences simples en apparence, mais riches de sens, où l’on ne consomme pas une culture, on la rencontre.
Si vous cherchez à comprendre le Vietnam autrement, à travers ses gestes, ses jeux et ses silences, alors peut-être qu’un jour, vous lancerez vous aussi un còn vers le ciel — et que, l’espace d’un instant, vous ferez partie du cercle.

